Peut-on réellement interrompre nos réactions ?

L’espace entre stimulus et réponse

Attaquant : Vous êtes toujours en retard !

Cible non formée : Arrêtez, je ne suis pas toujours en retard.

Attaquant : Et bien, vous n’êtes guère un modèle de ponctualité !

Cible non formée : Mais pour qui vous prenez-vous, en me parlant comme ça ?

Attaquant : Et pour qui vous prenez vous, en ignorant constamment le programme ?

Cible non formée : Je n’ai pas besoin de supporter ce genre d’abus. Je ne sais pas du tout pourquoi je me tue à venir !

Attaquant : Et bien, vu l’aide que vous nous apportez, je ne sais pas non plus pourquoi vous vous donnez cette peine !

Cible non formée : Je m’en vais !

Si quelque chose ici à l’air quelque peu familier, c’est que vous avez déjà connu une escalade conflictuelle. Il est difficile d’imaginer que quelqu’un a « gagné » dans cet échange ; le résultat émotionnel est donc à considérer comme « perdant-perdant ». Au fur et à mesure que vous avancerez dans la découverte d’Aïkido Verbal, vous verrez à maintes occasions que ce type d’échange peut prendre une toute autre direction. Vous découvrirez également comment l’une des clés pour changer son style habituel de réponse est de reconnaître le point de patinage : ce moment où nous commençons à glisser d’un état d’être à un autre. Dès que nous découvrons cet espace entre le stimulus que nous recevons et notre réaction au stimulus, il ne nous reste plus qu’attendre des opportunités pour faire des expériences pour apprendre à gérer cet espace. Permettez-moi de vous donner quelques illustrations de ce concept.

Souvent je me mettais en colère quand je perdais mes affaires, mon portefeuille, mes clés, mes lunettes. Un jour, ma colère était si rouge que j’ai donné un coup de pied dans le mur par frustration, et je me suis vraiment fait mal à mon gros orteil ! Quelques instants plus tard, la douleur m’a forcé à passer en revue ce qui était arrivé et j’ai décidé que je ne voulais plus « reprendre cette même route ». Je suis arrivé à la conclusion qu’aucune perte ne valait la peine de rendre la situation deux fois plus douloureuse. De plus j’ai mesuré qu’en interrompant le processus plus tôt, cela me permettrait de modifier ma réaction de sorte de ne plus avoir à soigner un orteil à cause d’une clé mal rangée.

Inévitablement, le même événement s’est reproduit peu de temps après… J’ai perdu mes clés et ma colère commençait à monter. Juste au moment où j’étais sur le point de donner un coup de pied dans mur, je me suis souvenu de mon intention et suis arrivé à interrompre ma réaction à temps et à garder ainsi mes orteils et le mur intacts. Même si l’effet boule de neige avait commencé, j’avais réussi à l’arrêter avant d’en arriver à la douleur physique. En reconsidérant la situation, je me suis rendu compte que non seulement je ne voulais plus avoir mal, mais que je voulais vraiment éviter de me mettre en colère. Vu que j’avais été capable d’interrompre le coup de pied dans le mur, je me suis dit que cela devait aussi être possible d’interrompre sa colère avant qu’elle ne se déclenche.

Ce n’était pas si facile. Bien que je n’aie plus jamais donné de coup de pied dans un mur, il m’a fallu du temps avant que mon habitude d’être exaspéré par la perte de mes affaires disparaisse. J’avais réussi à arrêter la douleur physique auto-infligée, mais la détresse émotionnelle auto-infligée a eu besoin de beaucoup plus de travail. Au cours du temps, et avec l’intention persistante d’interrompre ma colère de plus en plus tôt, je suis devenu de plus en plus conscient de ce point de patinage.

Après avoir constaté que je pouvais changer ma réaction habituelle pour réduire progressivement la charge négative de l’événement, j’ai atteint finalement la réaction désirée deux ou trois mois plus tard quand, lors de la perte de mes lunettes, j’ai été capable de réagir immédiatement avec une décharge positive.

Le processus commence avec la décision d’éviter de reprendre le même mauvais chemin et la conviction que d’autres choix sont possibles. Quand un échange ou un événement nous laissent avec le sentiment d’être négativement chargé, c’est en nous rendant compte que nous avons le choix de réagir différemment au stimulus que l’on peut arriver à faire ce premier pas. Le désir de faire l’effort nécessaire pour l’évolution de notre réaction est le pas suivant. Quelquefois, nous attendons jusqu’à ce que la situation devienne trop pénible ; nous nous décidons alors à changer quelque chose, comme dans l’histoire de l’orteil qui rencontre le mur. Heureusement, nous pouvons parfois décider de faire évoluer nos réactions avant d’en arriver à de telles extrémités, ou pire encore !

FR stimulus réponse

Figure 1.7 – Créer une espace entre stimulus et réponse

Une fois que nous avons découvert cet espace entre le stimulus et la réponse, cela peut prendre du temps avant de décider ce que nous voulons insérer dans cette ouverture ! Dans le cas du conflit verbal, l’Aïkido Verbal est une réponse judicieuse pour traiter une telle situation. Pourtant, le phénomène qui se produit dès que nous commençons à percevoir cet espace, est tout à fait magique. L’ouverture semble devenir plus grande, presque comme si le temps se ralentissait, en nous donnant une opportunité réelle de choisir comment nous allons agir. De plus, un effet secondaire particulièrement favorable, qui ne peut que nous encourager à développer cette conscience, est que la fréquence des événements inquiétants a considérablement tendance à diminuer.

J’avais peur de tomber. Je m’en suis vraiment rendu compte le jour où, à la campagne en train de cueillir des cerises, je me suis retrouvé immobilisé sur un escabeau. Le jour suivant, j’étais en randonnée pédestre avec mon frère et, hésitant à sauter d’un mur d’environ un mètre de haut, j’ai glissé et suis tombé ; me faisant très mal. Cet événement m’a poussé à faire quelque chose de ma peur. J’ai donc commencé la pratique d’un sport qui allait forcément provoquer que je tombe un jour ou l’autre. La première fois que je suis tombé, je ne me suis pas vraiment fait mal mais la terre était mouillée et mon maillot a été bien sali. La deuxième fois que je suis tombé, je me souviens d’avoir pensé « évite la crasse ! » et je suis arrivé à diriger ma chute à temps, gardant ainsi mon maillot propre ! L’espace entre le stimulus et la réponse avait commencé à s’élargir. Dès que j’ai ressenti le désir clair de changer le résultat, il m’a été donné assez de temps pour réagir différemment ; j’arrivais à gérer mes chutes de mieux en mieux. Mais le plus important a été l’apparition d’un effet secondaire intéressant : je tombais beaucoup moins souvent.

Ce Phénomène de Spirale Vertueux se révèle souvent lorsque les novices commencent l’entraînement en Aïkido Verbal pour devenir ceinture verte. Ils démarrent cet art afin de gérer des situations qui les mettent en position inconfortable. Les séances commencent souvent par l’échange entre les participants de leurs difficultés vécues. Dès que les novices commencent à se sentir à l’aise dans la mise en application des trois étapes, non seulement ils commencent à gérer de mieux en mieux les situations inconfortables, mais on constate clairement la survenue de plus en plus rare de ces situations.

Suite recommandée :

Utilisez les trois étapes 

Dépistage d’immunité verbale

 

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