Comment atteindre un équilibre en trois étapes ?

La stratégie fondamentale de l’Aïkido Verbal, appelée « atteindre l’Aï-ki », est centrée sur une approche simple comportant trois étapes :

  1. La réception de l’attaque avec un Sourire Intérieur.
  2. L’accompagnement de l’attaque vers un point de déstabilisation.
  3. Le rééquilibrage de l’attaque afin de permettre à l’attaquant de sauver la face.

Chaque personne possède ses propres forces et faiblesses pour chacune de ces étapes, mais pour bien atteindre l’Aï-ki, l’Aïkidoïste doit suivre l’une après l’autre, et avec succès, chacune de ces trois étapes. A la fin de la Partie 1 du livre, vous aurez acquis une plus grande compréhension de ce fonctionnement. Vous aurez également repéré les étapes que vous devrez particulièrement travailler et celles qu’il vous suffira de continuer à nourrir pour les développer.

 

Étape 1 : la réception de l’attaque avec le Sourire Intérieur

Le Sourire Intérieur, en Aïkido Verbal, touche à la connaissance de soi et la confiance en soi qui nous permettent d’éviter d’entrer en conflit avec une personne qui, consciemment ou inconsciemment, essaie de nous y mener. C’est de loin la plus importante des étapes, mais aussi la plus difficile à maîtriser. Pourtant, bien pratiqué, le Sourire Intérieur peut éliminer totalement la nécessité des deux autres étapes.

Le Sourire Intérieur sera abordé plus en détails à différents chapitres du livre, mais afin de vous mettre sur le bon chemin, voici les idées principales que vous devez connaître :

  • Le Sourire Intérieur peut être considéré à ce stade de votre apprentissage comme le point de patinage ou l’espace entre le stimulus et la réponse, celui où nous pouvons choisir notre type de réaction face à l’attaque.
  • Nous percevons souvent cet espace rétrospectivement, en pensant « j’aurais dû/pu dire… ». C’est une démarche importante dans la mise en place de cette étape.
  • Le fait de nous concentrer à atteindre le Sourire Intérieur nous rapproche inévitablement de lui.
  • Un Sourire Intérieur est souvent marqué par un bref silence.
  • Il provoque généralement un effet contraire à celui recherché s’il se transforme en « sourire extérieur » : ce dernier est facilement mal interprété et ressenti comme une agression ou une contre-attaque.
  • Le développement de cette compétence est un sentier infini d’apprentissage sur soi-même.
  • Dans la transcription des échanges le Sourire Intérieur est signalé ainsi : « […] ».

Vos yeux sont de quelle couleur ? J’imagine que je n’ai pas tort de dire qu’ils ne sont pas orange, n’est-ce pas ? Mais imaginons quelqu’un venant vers vous avec agressivité et critiquant vos yeux orange dégoûtants…

Attaquant : Oulala, qu’est-ce que c’est que ces yeux orange ? Ce sont les choses les plus horribles que j’aie jamais vues ! La nature ne vous a pas gâté ! Vous ne pensez pas que c’est le moment de vous procurer des lentilles, par exemple, pour changer ce regard affreux ?

 

Aussi perplexe que vous puissiez être après cette attaque, il est extrêmement improbable que vous en soyez offensé, que vous pensiez à contre-attaquer ou même que vous puissiez croire que l’attaquant a une raison valable d’être agressif et aussi catégorique. Cet état d’esprit face à une attaque peut illustrer la « confiance intouchable » que l’on peut ressentir grâce au Sourire Intérieur.

 

Étape 2 : l’accompagnement d’une attaque afin de déstabiliser

Si vous n’avez jamais observé une séance d’aïkido martial, ce serait peut-être l’occasion d’assister à une démonstration afin de découvrir cet art. Très rapidement, vous remarquerez une sorte de pas initial, pivotant et demi-circulaire, utilisé dans beaucoup d’attaques. En effet, il est très difficile d’attaquer quelqu’un qui est à vos côtés !

Ce mouvement, ou prise de position, correspond au début de la deuxième des trois étapes en Aïkido Verbal. L’Aïkidoïste essaie sincèrement de percevoir le point de vue et l’état d’esprit de l’attaquant afin de regarder objectivement dans le même sens que lui. Très souvent, le mouvement de « prendre le centre de l’échange » pour se mettre côte à côte, arrive à déstabiliser l’attaquant, rien que par son effet de surprise, et peut alors être suffisant pour accomplir l’Étape 2. Exemple :

Attaquant : C’est inacceptable ! On me met en attente régulièrement depuis vingt minutes, chaque opérateur à qui je parle me refile à quelqu’un d’autre ! Je vous jure que si je ne reçois pas de réponse immédiatement, je me déplacerai jusqu’à vos bureaux et ça n’va pas être beau à voir !

Aïkidoïste : […] Sincèrement, si j’étais à votre place, je serais fou de rage aussi !

Bien que cette prise de position soit souvent efficace à elle seule, elle ne fonctionne pas toujours immédiatement ; d’autres angles peuvent s’avérer nécessaires pour atteindre un point de déstabilisation. D’autres tactiques (cf. chapitres 4 et 5 du livre) permettent de déstabiliser momentanément votre interlocuteur, vous accordant ainsi l’espace pour préparer l’Étape 3.

 

Étape 3 : canaliser l’attaque pour un résultat émotionnel équilibré

Souvent, au cours d’un entraînement d’Aïkido Verbal, l’Aïkidoïste novice exprime l’avis qu’un attaquant peut mériter qu’on le laisse déstabilisé après une attaque. Il est essentiel de souligner que dans la philosophie non-compétitive de l’Aïkido Verbal, un résultat « gagnant-perdant » n’est jamais la direction souhaitée. En raison de la nature altruiste de cet art et de la conviction intrinsèque de l’éthique de réciprocité, l’Aïkidoïste est vivement conscient des effets négatifs qu’un tel résultat peut provoquer. Par conséquent, l’intention même d’exécuter cette troisième étape n’est pas seulement nécessaire pour obtenir un équilibre momentané, mais aussi pour trouver un équilibre à long terme des énergies.

Dans un échange, divers résultats peuvent être considérés comme positifs pour les deux parties concernées. Mais il est essentiel de retenir que la déstabilisation qu’il faut provoquer au cours de l’Étape 2 a pour objectif de créer l’espace nécessaire pour que puisse se réaliser l’équilibre prévu à l’Étape 3. En effet, si l’Aïkidoïste cherchait à canaliser l’attaque pour tenter un équilibre avant d’avoir déstabilisé l’attaquant, ce dernier gagnerait invariablement une position plus forte et rendrait la tâche plus difficile pour l’Aïkidoïste.

En suivant le déroulement des principes développés ci-dessus, voici la façon dont pourrait être traitée l’attaque envers une personne toujours en retard, en favorisant la possibilité d’un résultat équilibré. Souvenez-vous, le Sourire Intérieur, accentué par un bref silence, est annoté ainsi : « […] ».

 

Attaquant : Vous êtes toujours en retard !

Aïkidoïste : […] Vous en semblez assez en colère !

Attaquant : Évidemment que je suis en colère ! Vous n’avez clairement aucun respect pour le planning de qui que ce soit, à l’exception du vôtre !

Aïkidoïste : […] Bien, je comprends que cela peut vous contrarier et j’en suis désolé, car je vois que c’est le cas. A l’avenir, qu’est-ce qui serait préférable que je fasse si je me rends compte que je vais avoir un retard imprévu ?

Attaquant : Je n’ai pas de temps pour toutes ces bêtises, ne soyez pas en retard, c’est tout ! C’est dur à comprendre, ça ?

Aïkidoïste : […] Je vois, oui, on ferait mieux de se focaliser sur le travail prioritaire que nous avons à faire, et remettre cette discussion à un autre moment.

L’inflexion et l’intonation[2] sont très importantes pour la compréhension et la maîtrise d’un échange. Les échanges présentés afin d’illustrer l’utilisation de l’Aïkido Verbal induisent que les intonations de voix de l’attaquant sont empreintes de colère, de cynisme, ou sont de caractère négatif. Sauf intention contraire dûment stipulée, l’Aïkidoïste vise à avoir un ton de voix maîtrisé, c’est-à-dire pacifique et tempéré au cours de l’exécution des trois étapes -en faisant attention d’exprimer l’empathie plutôt que la pitié, et l’égalité plutôt que la condescendance.

Qu’est-ce que le Sourire Intérieur ? (suite)

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